mercredi 30 janvier 2013

La reine est morte, vive la reine


Hier j'ai lu un livre, ça s'appelle "The Queen is Dead"


Elo est écrivain, Bert vendeur de vin (ils sont donc tous les deux marchands d'illusions). Ils se sont connus jeunes et c'est parce que Bert fait une apparition fictive dans le roman d'Elo qu'il tente une apparition réelle dans sa vie. Doit-on revoir ses anciens amis et réécouter ses anciens disques ? Peut-on appuyer sur la touche Replay en toute innocence ?

Les disques rayés

La force d'un roman est de déterrer en nous des sentiments enfouis, passés à la trappe pour être remplacés par des listes de choses à faire et à ne pas faire. En lisant "The Queen is Dead", j'ai entendu une musique longtemps oubliée. J'avais oublié que jeune, il y avait la musique. Non pas celle d’aujourd’hui que j'écoute distraitement, pour rompre le silence ou couvrir le bruit des klaxons mais celle que j'écoutais, casque sur les oreilles, jusqu'à l'endormissement, celle que je chantais avec les copines, celle que je confiais telle une prière au premier amoureux. J'ai usé Violator de Depeche Mode jusqu'à la corde, j'ai slowé, j'ai pogoté, toujours j'ai vibré. A quel moment ai-je baissé le volume ?

C'est de cette musique-là que parle Aurélia Bonnal, les musiques de notre jeunesse qui étaient alors les seuls mediators du monde qui nous entourait.

"J'avais oublié des albums, des gens si importants pour moi"

Les amitiés retrouvées

Nul besoin d'être écrivain pour déclarer que les amitiés anciennes sont les principaux personnages du roman de notre jeunesse. Pour la plupart d'entre nous, le livre est clos et parce que la vie nous impose de toujours écrire de nouveaux chapitres, nous y avons enfermé ces jeunes gens à qui nous avons confié nos aspirations et nos craintes d'alors.

Les retrouver, c'est un peu comme se replonger dans son journal intime, oublié dans le grenier de ses parents. Ils portent en eux la trace de ce que nous voulions être ou de ce que nous avons cherché à fuir. Ils sont la preuve vivante d'une époque durant laquelle nous voulions que tout soit Vérité, y compris nous-mêmes.

" Je voulais te parler franchement, ça servirait à quoi sinon de se revoir si c'est pour faire semblant, faire semblant on en a notre compte, je crois qu'avec mon enfance j'ai assez fait semblant pour l'éternité"

La musicalité

Aurélia Bonnal n'a pas écrit un livre. Elle a, je crois, composé un livre. Il fallait que je comprenne cela pour que le style de l'auteure s'accorde à ma lecture. Et ce n'est qu'en donnant plus d'importance à la virgule, lui conférant une pause de saut de ligne, que j'ai vraiment découvert la musicalité de son phrasé.

"Elle n'était jamais revenue ici,
elle non plus,
et je l'avais perdue de vue,
et j'avais moins parlé de toi,
et j'avais moins pensé à toi, 
et j'avais appris à vivre comme ça,
résigné et tout seul
au milieu des autres
Et puis j'avais rencontré Bibi,
et voilà,
la vie douce,
écoulée si vite."

Alors oui la reine est morte, mais il faut bien en passer par là pour en célébrer une nouvelle. Celle du premier roman. Une nouvelle reine donc qui, je l'espère, aura de nombreux sujets à traiter.

2 commentaires:

  1. Tu en parles bien, c'est très vrai, cette histoire de roman composé et de place de la virgule...

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    1. @Anacoluthe
      Ce commentaire est une douce mélodie :)

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