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vendredi 15 mars 2013

La cosmétique de l'esprit


Tu vois, c'est beau. On dirait un titre d'Amélie Nothomb.

Il y a deux semaines, j'ai reçu mon dernier cadeau de Noël. Le délai de livraison n'était pas prévu mais finalement, j'ai trouvé que le concept mériterait d'être étendu. Si au lieu de recevoir mes 12 cadeaux le soir de Noël, on me délivrait mes colis au compte-goutte, un chaque mois, ce serait un peu Noël toute l'année. Et ça s'appellerait la Christmas Box.

Son retard est explicable car ce cadeau vient directement de Bombay alors le temps de laisser passer toutes les vaches sacrées, forcément ça prend du temps. C'est aussi parce qu'il vient de Bombay qu'il est un peu spécial, il s'agit d'un coffret de cosmétiques ayurvédiques.

Normalement c'est à ce moment-là que vous demandez ce que signifie cosmétique ayurvédique.

Normalement ...

Du moins faudrait, sinon je peux pas continuer à écrire.

Merci (j'ai attendu)

Alors l'Ayurvéda est une médecine traditionnelle indienne. Les principes sont assez compliqués mais j'ai surtout retenu qu'il y avait une sorte de communication très importante entre le corps et l'esprit, un attachement réciproque entre la beauté intérieure et la beauté extérieure. J'avoue, je suis sceptique : si c'était vrai, l'horrible Ophélie de 4ème B n'aurait pas eu autant de succès. Si seulement les gens mauvais pouvaient avoir un physique mauvais, au moins on saurait tout de suite à qui on a affaire. Malheureusement dans la vraie vie Soeur Emmanuelle n'avait pas la plastique d'Emmanuelle, ce qui est bien dommage parce qu'à la place du Botox Amélioré on aurait pu avoir la Bonne Action (sans compter que ça coûte quand  même moins cher).



Pour la cosmétique ayurvédique, il s'agit de soigner son physique avec les mêmes ingrédients que ceux de la médecine ayurvédique soit essentiellement des plantes qui vont venir rééquilibrer notre peau, cheveux, visage. Des plantes naturelles .... des vraies plantes ... sans trucs chimiques pour rassurer la pauvre fille moderne connectée que je suis. Oui, j'avais la trouille parce que naturellement je ne suis pas attirée vers le naturel qui comporte tout de même les orties et les moustiques, deux trucs naturels qui ne me veulent pas franchement du bien.

Niveau expérience, ça équivalait à me plonger tête la première dans le Gange. Ou dans la fange. Et je me demandais si mon dermato serait assez érudit pour trouver le remède si jamais je ne réagissais pas bien au lavanya couplé au nirmal-navaa en cas de mauvaise appréciation de dosha. J'aurais pu d'abord tester sur mon chat, comme tout bon scientifique, malheureusement on n'a pas les mêmes problèmes de peau.
J'ai fini par gravir cette montagne esthétique en utilisant un masque pour le visage composé d'acore (une plante aquatique), de réglisse et de lhodra (une herbe "divine selon l'Ayurveda). La marque de mes produits ayurvédiques précise que toutes les plantes utilisées viennent de cultures biologiques ou ont été ramassées à l'état sauvage par des communautés tribales indiennes. Et là, tout de suite, je me dis que ce n'est peut être pas très bon pour mon karma que des hommes et des femmes marchent des journées entières et courbent l'échine pour ramasser des plantes sauvages à l'autre bout du monde, tout ça pour mes points noirs.

Oui mais ça marche alors que dois-je faire ? Garder mes points noirs de karma ou ceux de mon visage ?

vendredi 8 mars 2013

Titre sans roman cherche roman sans titre


Plus tard je voudrais être écrivaine, mais seulement de titres de romans. Je crois beaucoup à la spécialisation or je laisse aux spécialistes le soin d'écrire les romans. Moi je ne m'occuperais que des titres parce que je me trouve un certain don pour cela et ce serait idiot de ne pas le faire partager ou plutôt facturer.


J'en vois certains qui doutent, qui imaginent que ce métier n'a aucun avenir alors que j'ai des exemples concrets d'auteurs pourtant célèbres qui ont foiré le titre de leurs romans et du coup raté des ventes. Prenons un cas d'étude, Zola, alors oui, c'est très bien ce qu'il fait mais quand même niveau titre, on frôle le ridicule. Il y a L'assommoir, un titre qui d'avance vous donne envie de dormir et puis surtout Nana, un titre d'hygiène intime. Qui aurait l'idée de titrer son roman Tampax aujourd'hui ? Même le nom de sa série laisse à désirer : Les Rougon-Macquart, la nouvelle série évènement ! Nul et pas crédible.

Comme pour tout, les titres de romans connaissent des modes et des tendances. En ce moment, j'en ai repéré trois qui marchent particulièrement bien (tout ça pour vous prouver que je suis calée en la matière) :

La tendance "Pronom relatif" avec Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, L'homme qui voulait vivre sa vie et  La femme qui décida de passer une année au lit.

Mes propositions : L'enfant qui ne voulait pas grandir, Le voisin qui partait en voyage, La dame qui prenait le métro ligne 12.

La tendance "Long et mystérieux" avec Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire, La singulière tristesse du gâteau au citron et La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi.

Mes propositions : Les pensées philosophiques d'un platane en jungle urbaine qui n'avait jamais connu son père, Les poissons-chats regardent la mort en face dans les eaux troubles du Mékong, Le syndicat des femmes de ménage qui empêcha la terre de tourner.

La tendance "Enumération" avec les deux derniers best-sellers du moment 50 nuances de Grey et La liste de mes envies.

Mes propositions : Les 30 étages de la dépression, Le catalogue de mes amours ou La série noire teintée de rose.

Evidemment je peux aussi vous proposer des titres qui combinent ces différentes tendances pour une accroche encore plus forte. Par exemple, Le serpent aux yeux d'argent qui faisait des listes avant la pluie.

Certains auteurs arrivent à développer un style particulier pour leurs titres. C'est par exemple le cas de Houellebecq qui conjugue fréquemment un élément scientifique à un élément plus "humain", le tout teinté de pessimisme : Extension du domaine de la lutte, Les particules élémentaires ou La possibilité d'une île. Je peux lui proposer comme futurs ouvrages : Cartographie du désœuvrement ou encore L'équinoxe des privilèges. Pour Amélie Nothomb, j'ai repéré une certaine prédisposition à retenir des titres avec une opposition attributs supposés féminins et masculins : Hygiène de l'assassin, Cosmétique de l'ennemi, Métaphysique des tubes ou encore Biographie de la faim. Voici quelques suggestions pour ses prochains romans : Le régime des assoiffés, Maquillage du condamné et Ayurvédique de l'esprit. Enfin j'ai remarqué que Marc Lévy accordait une place particulière aux titres avec une notion de temps et de distance : Si c'était à refaire, Le premier jour, La première nuit, Vous revoir, La prochaine fois ou Sept jours pour une éternité. Je ne manque pas d'idées pour satisfaire monsieur Lévy avec Une année sans toi, Le retour de la fiancée, Pour un adieu, Tu me manqueras, La promesse des retrouvailles, Ne pas revenir et Une absence douloureuse.

Avis aux éditeurs et aux romanciers, j'accepte les titres de propriété en moyen de paiement.

jeudi 7 mars 2013

Le dernier tag du reste de ta vie


Je bloggue depuis fort, fort longtemps. Une époque sans Hellocoton, sans masking tape, sans nail art et même, je vous jure que c'est vrai, sans twitter.

Il y avait à l'époque un côté Conquête de l'Ouest, une terre défrichée que tu tentais de domestiquer à coups de CSS et de sauts virtuel en l'air en secouant virtuellement les bras pour tenter de te faire virtuellement remarquer.

En ma qualité de vétéran, j'ai connu plusieurs phénomènes bloguesques.



Je me souviens par exemple des blogrolls, de l'importance des blogrolls. La blogroll a roulé bien bas quand les gens ont compris qu'un lien entrant supposait un lien sortant. Les pleurnicheries  du genre "Bouh ! tu m'as pas mis dans ta blogroll !" ont aussi noyé ce système de partage. 

Et puis, y'a aussi eu les tags.

Le tag, c'est so old blog school. C'est le macramé et le bingo réunis de l'activité bloguesque. Pour un tag intéressant, on en avait cent sans aucun intérêt, à part celui d'avoir des liens ce qui était le but (ina)voué.

Je croyais que le tag était mort de chez mort de chez mort et enterré, remplacé depuis par les rendez-vous réguliers de Le lundi, c'est permis, Les mardis tout doux, Les Mercredis des enfants, Les jeudis du bonheur, Les vendredis intellos, Les samedis de la glande, Les dimanches du renouveau, Ma semaine en images, Mon bilan du mois et Mon année pinteresté. Et puis honnêtement le tag qui était censé te faire un peu mieux connaître n'a plus vraiment de raison d'être depuis qu'avec Facebook on sait en temps réel avec qui tu as couché, à quel endroit, quelle position et si ta mère a liké. Que pourrions-nous apprendre de plus avec le tag ?

Récemment j'ai pourtant reçu deux demandes de tags. Cela m'a fait le même effet que si on m'avait annoncé que Carlos faisait son come-back. Pour ne pas les citer, il s'agit de Kandygirl et de Vive la rose et le lilas. J'aurais pu faire comme on fait d'habitude en feignant d'avoir trop de travail en ce moment, en feignant de dire que je ne réponds jamais aux tags parce que j'ai une ligne éditoriale à tenir ou en feignant d'avoir rien compris. Mais je le ferai pas en fait.

Je le ferai pas parce que ça part d'un bon sentiment et que si on n'avait jamais empêché les bons sentiments d'arriver à destination on recevrait peut être moins d'indifférence en retour, même si on n'est jamais sûr de rien, sauf peut être du non retour de Carlos à la scène.

Alors, Kandygirl et Vive la rose et le lilas, je vous remercie sincèrement pour ces tags, même si je n'y réponds pas (faut pas déconner non plus) parce que le tag est pour moi, bel et bien mort. Je vous propose en échange un concept révolutionnaire qui consisterait à répondre à des questions et à faire tourner auprès d'autres blogueuses, ça s'appelle "Le dernier tag du reste de ta vie" (que plus jamais après ça tu toucheras à un autre tag, de près ou de loin).

1 Est-ce que tu as déjà répondu à un tag ? Pourquoi ?
2 Est-ce que tu crois, comme tout être doué de raison, qu'il faut définitivement en finir avec les tags ? Pourquoi ?
3 Si tu devais choisir entre répondre à un tag ou te faire enfoncer des piques apéritifs dans les yeux, tu prends quoi ? (attention, question piège)
4 Est-ce que tu peux promettre ici même que plus jamais tu toucheras à un tag de ta vie ?

Tant qu'a faire, on demandera aussi à Anacoluthe, Lutecewoman, La vie en presque rose, Gully au pays de la Réunion, Lili, Kikekoidonc, Marie, Marcelle, Leoetlisa, Maman@home, Carole Nipette, Marie mon-nid, Anouchka, Cranemou, Mamina, Stephie et les Cacahuètes, Nina, Sabine, Shalima, Marylin, Les lectures de colette, Kat, Etteila et Soma, bref toutes celles qui ont le malheur de laisser un jour un commentaire sur ce blog.

Attention ! Ceux qui n'ont pas été cités au-dessus n'ont AUCUN droit de répondre au "dernier tag du reste de ta vie" ils seront donc dans l'OBLIGATION de répondre à des tags tant que quelqu’un ne les aura pas tagués avec le "dernier tag du reste de ta vie".


lundi 4 mars 2013

La dame d'Annecy


J'ai un penchant douteux pour les statistiques, ce que je n'explique pas moi-même étant de nature plutôt bordélique. Par exemple, pour ce blog, je passe autant de temps à consulter les statistiques sur Google Analytics que sur l'écriture des articles. Le phénomène s'est amplifié depuis que la fonction Temps Réel est à disposition. Comme son nom l'indique, elle permet de voir en temps réel qui est sur le blog et ce qu'il fait.

La plupart du temps, cela prend des allures de mise en abyme vu que je suis souvent la seule à consulter mon blog quand je consulte le Temps Réel de Google Analytics. Je suis donc en train de me regarder en train de regarder mon blog ce qui n'est pas exactement vrai puisque je suis en train de consulter les statistiques en même temps que je me relis. Psychose !

Oh ! Je me vois dans ma boule de cristal !
Dans l'analyse en Temps Réel, il est également possible de connaître la position géographique du lecteur. La géographie n'est à-priori pas le point fort de Google Analytics étant donné qu'il me situe parfois à Nice, à Archamps ou encore à Clermont-Ferrand, des villes qui me sont étrangères sauf pour Clermont-Ferrand qui s'est vu honoré de ma présence il y a quelques années lors d'un déjeuner en face de la cathédrale mais cela compte t-il vraiment bien que le repas fut mémorable ?

Tout laisse donc à penser que les incertitudes sont légion sur Google Analytics : on peut même se demander s'il y a vraiment des lecteurs du blog, si le blog en lui-même existe vraiment et si je ne suis pas victime d'hallucinations dans un monde artificiel qui aurait inventé les LOLcats mais pas l'accès à l'eau pour tous. Pour ma santé mentale, mieux vaut admettre comme tangible la réalité de Google Analytics et de ses statistiques.

Je m'en remets donc (souvent) à ses constatations et à ses analyses pour essayer de comprendre qui sont mes lecteurs et comment ils débarquent ici sans prévenir. J'ai noué, sans qu'ils ne le sachent, une véritable relation avec eux à travers le Temps Réel de Google Analytics et certains, je dois l'avouer, ont mes préférences.

Il y a par exemple la dame d'Annecy qui vient sur le blog tous les jours. C'est ma lectrice favorite sans que je puisse l'expliquer. La dame d'Annecy (car c'est pour moi une évidence qu'il s'agit d'une dame bien que les statistiques ne puissent appuyer mes dires) ne laisse aucun commentaire mais elle ne manque aucun rendez-vous. Elle arrive toujours de la même façon, via mon ancien blog ce qui laisse à penser que la dame d'Annecy n'est pas une experte du net sinon je serais déjà dans son Reader ou même dans ses favoris. C'est peut être cela qui me la rend plus particulière, parce qu'elle n'a pas l'air d'être une habituée de la blogosphère. Elle serait donc arrivée ici par hasard et a jugé opportun d'y revenir tous les jours, en revenant par son chemin habituel. La dame d'Annecy aime les habitudes.

Comme on l'a vu, on ne peut pas se fier au GPS virtuel de Google Analytics : la dame d'Annecy est peut être la dame d'Albertville mais j'aime mieux me représenter la dame d'Annecy avec le lac en arrière-plan, cela rajoute un charme pittoresque et suranné. C'est bien dommage que ce blog ne puisse être lu que sur ordinateur, la dame d'Annecy se visualise mieux avec un journal ou un livre, assise dans un fauteuil en rotin dans un jardin d'hiver donnant sur le lac.

Evidemment la dame d'Annecy a toutes les qualités, à part peut-être un petit chien insignifiant qui lui tient compagnie (vu dans les statistiques du blog du nombre de visiteurs possédant un petit chien insignifiant) mais je lui pardonne cet écart parce que tant que la dame d'Annecy viendra sur le blog, je me sens dans l'obligation de continuer à écrire ici.

vendredi 1 mars 2013

Genèse d'une bonne habitude

Je ne sais pas si l'orange a le même effet quand elle est bleue


La preuve est faite que le monde est mal foutu, ne serait-ce que parce qu'il est plus facile de prendre des mauvaises habitudes que des bonnes (et aussi qu'il est impossible de rentrer dans du 38 avec des fesses de taille 40). 

Je ne vous ferai pas la liste de toutes mes mauvaises habitudes parce que je suppose qu'à un moment donné vous aurez besoin de vous alimenter, ou moi de m'alimenter, on sera alors obligés d'abandonner cette liste et on ne saura plus où on en était. Faudra tout reprendre à zéro et on n'avancera jamais au paragraphe suivant, celui qui est tout de même censé faire avancer le débat, et expliquer ce titre. J'ai la mauvaise habitude de faire durer les introductions.

 Tout ça pour dire qu'hier je me suis surprise avec une bonne habitude, un fait assez exceptionnel qui méritait à lui tout seul un article. Je ne saurais dire comment tout cela a commencé mais par contre je sais exactement comment j'en suis arrivée là. C'est par la voie de la suggestion que j'ai pris cette bonne habitude, sans même m'en rendre compte avant qu'elle ne devienne quotidienne. 

Un soir mon mari va chercher une orange dans la cuisine. Sa bonne éducation l'incite à me poser la question suivante : 

"Tu veux que je t'en ramène une ?" 

Ca ressemble à quoi déjà une orange ? Et on en fait quoi ? J'acquiesce par curiosité. 

Le lendemain soir mon mari va chercher une orange dans la cuisine. Ayant beaucoup de mal à renier son éducation, il me repose la question de la veille. 

Je n'éprouvais plus ce besoin de connaissance, ayant remis au goût du jour de la veille mon savoir sur l'orange. J'ai quand même dit oui par politesse. 

Le troisième soir, mon mari ne va pas chercher une orange dans la cuisine. Par contre j'y suis allée pour rendre la pareille, du coup j'en ai ramené une pour moi parce que tout travail mérite salaire. 

Le quatrième soir j'ai demandé à mon mari de se lever et de me ramener une orange de la cuisine. Parce qu'il avait oublié de m'en apporter une, il prenait de mauvaises habitudes. 

Le cinquième soir, j'ai râlé. Il n'y avait plus d'oranges dans la cuisine. 

C'est ainsi que je suis devenue dépendante de l'orange du soir, une dépendance même pas mauvaise pour la santé (j'ai encore du mal à y croire) et dont il parait que je pourrais me défaire sans problème (du jour au lendemain, hop ! plus d'orange le soir).

Finalement le monde n'est pas si mal foutue que cela, du moins tant qu'il y aura des oranges le soir dans la cuisine.

mardi 19 février 2013

Les gens qui vont au théâtre sont-il des gens comme les autres ?


A 10 minutes à pied de chez moi, il existe l'un des théâtres les plus réputés de France, en fait je ne devrais même pas dire un théâtre mais plutôt un "thé-ÂÂÂ-tre". Il s'agit du TNP, le Théâtre National Populaire. D'abord implanté à Paris, il a été transféré dans ma ville dans les années 70. Son concept est somme toute assez simple, il s'agit de faire du "théâtre élitaire pour tous". Déjà ça commence bien, je ne savais même pas que le mot élitaire existait, même la définition est élitiste, pour vous dire le délire.

Pour ne pas mourir idiote - alors que ça ne veut rien dire, quand on meurt, idiot ou pas, je suppose que l'étendue de nos connaissances ne nous aide pas beaucoup - j'ai offert à mon mari des places pour des pièces jouées au TNP. Il ne restait déjà plus beaucoup de choix parmi la programmation de la saison et j'ai donc choisi un peu à la pique-nique-douille selon les dates qui pouvaient nous convenir.

C'est ainsi que le soir de la Saint Valentin, mon mari et moi sommes donc sortis sans les enfants, bras dessus bras dessous, pour voir la pièce "Fin de partie" de Samuel Beckett. Sur la route nous conduisant au théâtre, nous étions encore stupéfaits par notre liberté d'adultes sans enfants.

J'ai dit "Ah ! Nous voilà vieux, nous allons au thé-ÂÂÂ-tre ce soir"

Mais non, nous voilà jeunes ! Dans les couloirs du bâtiment, nous rencontrons des brushings violacés et des pardessus- chapeaux-écharpes manifestement coincés dans l'espace-temps mitterrandien, agissant sur nous comme une cure de jouvence. Hélas, l'effet s'efface dès que l'on s'installe dans la salle et que l'on aperçoit les jeunes, les vrais, avec un trop-plein de cheveux et de chèches. Installés en plein milieu de la salle, nous réalisons que nous sommes prisonniers et qu'aucun échappatoire - à part le sommeil - ne sera possible. L'angoisse commence.

Mais le rideau s'ouvre. Sur une pièce entièrement grise avec pour seules ouvertures deux fenêtres minuscules se faisant face ainsi qu'une porte sans porte. Au centre, un grand drap légèrement tâché de sang semble cacher un fauteuil immense et, on le devine, un être humain. Au premier plan, deux poubelles identiques font office de mobilier.

Un bossu inquiétant à la démarche désarticulée fait son apparition par la porte sans porte. Il déambule à travers la pièce, se met à l'inspection de chaque élément en concluant à chaque fois par un rire bref et malsain.

Après cette étrange chorégraphie, le tordu-bossu s'adresse enfin à nous et déclare :

"Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir »



Je n'ose même pas regarder mon mari,de peur d'avoir à affronter un regard suppliant et plein de reproches "Te rends-tu compte que l'on va gâcher 1H40 de notre vie ?"

Et puis - Oh comme c'est cliché  ! - la magie du théâtre a opéré. Contrairement au papier, à la pellicule, au numérique, le théâtre abolit toute distance pour vous ancrer dans une réalité faite de chair, d'os et de sang; c'est un grand monsieur qui vous regarde et vous pointe du doigt en annonçant "Ecoute bien ce que je vais te dire".Impossible d'y échapper à moins de faire preuve de grossièreté. Il faut alors accepter d'être imprégné par tout ce vivant.

Je serais bien incapable de vous résumer "Fin de Partie" de Beckett, qu'on qualifie de théâtre existentialiste, qu'on peut qualifier de théâtre exigeant. Mais l'expérience fut forte, vibrante, dérangeante, irréelle dans sa réalité.

Alors au lieu de se demander si les gens qui vont au théâtre sont de gens comme les autres, on devrait plutôt se pencher sur la question suivante :

"Les gens qui reviennent du théâtre sont-ils des gens comme les autres ?"

vendredi 15 février 2013

Faut-il brûler les féministes d'aujourd'hui ?




16 heures. Réunion du mouvement féministe pour des femmes sans problèmes.
- Bonjour à toutes. Comme chaque année, nous allons revoir notre planning sur nos grands sujets féministes pour lesquels nous combattons. C'est pas bien compliqué, on va reprendre comme d'habitude nos thèmes de prédilection donc on va faire une grosse session sur la violence conjugale pendant le mois de janvier, en février on parlera évidemment du combat décisif sur l'égalité des salaires hommes-femmes puis au mois de mars, on fera notre livre blanc sur la protection de la femme au travail. Fin mars, il y aura évidemment notre pot de fin d'année, vous inquiétez pas. Ah oui j'oubliais ! Murielle, une petite nouvelle, propose qu'on crée un groupe de réflexion sur la vision du corps de la femme dans la société. Alors Murielle, merci pour cette initiative qui démontre ton enthousiasme mais tant qu'il y aura une femme battue dans ce monde, on préfère se focaliser là-dessus et on voit pas bien le rapport entre ton idée et nos combats.

Les empêcher de penser

Cette scène fictive représente à mon sens l'utopie publique sur le féminisme d'aujourd'hui. On aimerait que les féministes ne s'occupent que des grands débats liés aux problèmes de la condition féminine en admettant que ces problèmes subsistent dans un vase clos, sans aucun lien avec d'autres facteurs. Si l'on prend par exemple le cas des femmes battues, les féministes doivent logiquement manifester contre (ce qu'elles font) mais elles devraient s'arrêter là, juste dire qu'elles sont contre. Si elles commencent à avoir des pistes de réflexion du genre "Mais pourquoi les femmes sont-elles battues ?", "Pourquoi certaines femmes admettent comme inévitable d'être battues ?" ou "Pourquoi les femmes battues ne portent-elles pas toutes plainte ?", là ça commence à partir dans tous les sens et à devenir chiant. Chiant comme du Beauvoir ou comme toute thèse de doctorat de quelqu'un qui a trop réfléchi à une question.

Parce que les féministes posent comme problème global la place de la femme dans la société en se basant sur des courants féministes, un histoire féministe, des concepts et des sciences. Elles s'interrogent et on aboutit alors à des réflexions du type "Est-ce que la galanterie peut être perçue comme une codification de la domination de l'homme sur la femme ?" On peut refuser de se séparer de la galanterie mais on ne peut pas refuser aux féministes de s'interroger sur ce genre de détail.

Les anciennes vs les nouvelles

J'ai également lu que les féministes d'aujourd'hui ne valent pas celles d'hier. Qu'avant elles avaient des causes nobles comme le droit à la contraception mais qu'aujourd'hui elles se perdent dans des détails sans importance. C'est le syndrome du C'était mieux avant. Cela n'a aucun sens car le Avant n'existe plus, il fait partie du passé. Vouloir faire comme Avant, c'est nier l'existence de l'évolution.

Le C'était mieux avant aime le passé sans vraiment s'y intéresser. Il paraît que les féministes d'aujourd'hui ne veulent plus se raser les jambes, en réalité ça fait plus de 40 ans qu'elles y pensent, à une époque qui est justement considérée comme l'âge d'or du féminisme par ceux qui le boudent aujourd'hui. Les années 70 ont vu naître de nombreux groupes féministes avec des idées plus ou moins radicales comme le féminisme lesbien (on a qu'à coucher entre filles comme ça ça leur foutra bien les boules) ou encore le féminisme marxiste (tout ça, c'est la faute du capitalisme), ça n'a pas empêché dans le même temps qu'elles se battent et obtiennent le droit à la contraception et l'avortement. Le féminisme est pluriel et cela ne date pas d'hier. Arrêtez de croire que les féministes d'aujourd'hui ne sont pas dignes de leurs grandes soeurs ou, si vous préférez, arrêtez de croire que les féministes d'hier étaient moins connes que celles d'aujourd'hui.

Communication, monde cruel

Observons ce phénomène particulier. Quand les féministes manifestent leur point de vue pour une cause largement partagée par tous, l'électroencéphalogramme des salles de rédaction reste plat. Quand les féministes manifestent leur point de vue pour une cause largement partagée par tous mais les seins nus, on commence à avoir une activité cérébrale du côté des salles de rédaction. Mais quand les féministes manifestent leur point de vue pour une cause qui jusque là n'avait jamais été perçue comme une entrave à la liberté des femmes, il semblerait qu'un sirène retentisse dans tous les salles de rédaction en hurlant "Polémique". Si en plus elles font ça les seins nus, c'est New High Score.

Le 14 février, il y a quelques jours donc, une manifestation mondiale contre la violence faite aux femmes a été organisée par l'auteure du Monologue du vagin. Qui en a entendu parler ?

Le cas du Mademoiselle, retournez à l'école maternelle

C'est comme ça qu'on a eu le droit récemment à deux polémiques du genre avec des questions de changement d’appellation. Un truc dont tout le monde se foutait, moi y compris. Jusqu'à ce que les féministes posent le doigt dessus en sachant pertinemment qu'elles allaient en contrepartie être taxées de folles hystériques avec du poil aux pattes. On va dire qu'elles commencent à avoir l'habitude.

Mais revenons à ces deux sujets sur lesquels je ne m'étais jamais interrogée avant que les folles hystériques avec du poil aux pattes ne s'en emparent. Mademoiselle est un joli mot, qui sent bon le Timotei et Eau Jeune (du moins à mon époque) mais Mademoiselle n'est plus un joli mot dès lors qu'on a passé la date de péremption et qu'il sent la crème anti-rides. Mademoiselle n'est plus un joli mot dès lors qu'une maîtresse de l'école de ma fille a passé ses 50 ans et que tout le monde se demande si c'est "une mal-baisée ou peut-être même une gouine". Aujourd'hui je ne m'offusque pas si on m'appelle mademoiselle (même si à mon âge, ça ne peut venir que d'un vil flatteur) mais mon regard sur ce mot a changé et j'ai effectivement réalisé qu'il y avait une injustice à ce que le Mademoiselle puisse faire état de ce qui se passe (ou pas) dans le lit des femmes.

Maternelle est aussi un joli mot (décidément !) que la députée Sandrine Mazetier voudrait détacher du mot école. C'est un cas intéressant parce que je n'ai trouvé aucune référence qui puisse rapprocher cette femme à un mouvement féministe cependant tout le monde s'accorde à dire que c'est le nouveau combat - idiot - des féministes (faudrait aussi qu'on s'interroge sur ce qu'est une féministe dans ce cas). Là encore, ça m'était largement passé au-dessus de la tête avant que cette femme ne fasse sa proposition. Je me suis donc interrogée sur ce mot et les situations dans lesquelles on le rencontrait. J'ai trouvé l'instinct maternel, l'assistante maternelle et (on m'avait aidée) l'école maternelle. D'un coup j'ai senti toute cette pression sur mes épaules, ce poids inconscient qui me destine à être prioritairement responsable de l'éducation de mes enfants, du moins dans leurs premières années de vie. Et le père, celui que je considère comme mon égal et aussi qualifié que moi pour s'occuper des enfants, il est où dans tout ça ?

Ces deux interventions "féministes" sur une question lexicale me ramènent à cette polémique des années 80 sur la féminisation des noms de métier. On a crié au scandale, au ridicule et à la mort de la langue française quand on a proposé de féminiser certains métiers comme auteure ou ingénieure. Aujourd'hui ces mots ne me choquent plus et je les utilise pour dire "Oui ma fille, si tu veux quand tu seras grande tu seras une ingénieure", parce que si je dis un ingénieur, elle va encore me dire que je veux lui faire faire des trucs de garçons. Rappelons que l'Académie Française condamne toujours l'utilisation de ces mots.

Combat contre leur gré

Le vrai problème des féministes, c'est qu'ils prennent la parole pour un groupe, les femmes, totalement hétérogène. Et que pour corser le tout, les féministes eux-mêmes constituent un groupe totalement hétérogène. Du bordel sur du bordel, ça ne fera jamais un truc très clair, c'est scientifiquement prouvé. D'ailleurs ça marche pour tout groupe, les syndicats, les partis politiques, les religions, les associations, les entreprises,etc. Ça marche même pour une copropriété de 10 personnes (ça c'est mon vécu).
On ne peut pas reprocher aux féministes des incohérences et des prises de positions contradictoires alors que cela est inhérent à tout groupe. A moins que .... vous voulez dire que ce sont des femmes donc elles sont mieux organisées ?

Et les hommes ?

Mais le pire reproche qu'on puisse faire aux féministes, c'est de leur dire que leurs combats n'intéressent pas les hommes. D'abord on en sait rien : c'est vrai que je n'ai jamais rencontré d'homme féministe engagé mais faut dire aussi que je n'ai jamais non plus rencontré de femme féministe engagée (dire que j'écris un pavé sur des gens qui n'existent peut être même pas, je me sens mal). Et puis derrière tout ça il y a surtout cette idée que si les hommes ne prennent pas part à ces débats, ça démontrerait toute l'idiotie du truc. Oh Wait ! Tu serais pas en train de sous-entendre que s'il n'y a que des femmes pour en parler, ça confirme qu'il s'agit d'un sujet superficiel et non digne d'intérêt ?

En conclusion, si on brûle les féministes d'aujourd'hui alors qu'on brûle aussi les sopalins (OK, j'avoue, j'avais pas de conclusion).

jeudi 14 février 2013

Qu'ont-ils fait de l'amour ?


"Pimentez votre couple"

Ils n'ont que ce mot-là à la bouche, pourtant si mal choisi. Parce qu'en croquant un piment, on brûle puis on ne ressent plus rien. Comment peut-on associer à l'amour un aliment qui anesthésie ? Où sont les nuances, les degrés ? Justement en parlant de nuances, on ne peut plus sortir sans entendre parler de celles de Grey.

Je ne l'ai pas lu, je ne le lirai pas. Je vous rappelle quand même que j'ai une liste de 1001 livres à terminer ce qui, grosso modo, implique 20 ans de travail. Si vous voulez me faire lire un livre, repassez donc dans 21 ans. J'ai tout de même eu le "privilège" de consulter les premières pages de ce roman grâce à Elle, c'était bien assez pour me forger une opinion, celle que j'avais déjà. Ok, c'est mal écrit mais s'il n'y avait que ça, passe encore.

Ce qui m'agace particulièrement, c'est cette vision de l'amour qu'on a mis en string et à qui on demande de faire un combat de boue. Ce livre serait considéré comme un roman de gare érotique (le roman, pas la gare bien entendu), je pourrais laisser passer mais E.L James affirme qu'il s'agit d'un roman d'amour alors je crie à l'imposture. L'amour ne peut naître que parce qu'un homme a le compte en banque nécessaire pour louer un hélicoptère et acheter des Louboutin ? L'amour ne peut naître que si l'autre a de gros problèmes psychologiques qu'on doit bien évidemment comprendre sous peine de passer une ingrate ( je rappelle qu'on a déjà profité de ses gros billets alors, à un moment faut bien passer à la caisse) ? 

L'amour selon E.L James, c'est une histoires de bosses, une au niveau de la braguette et deux autres au niveau des poches, bien remplies les poches. Dans la vraie vie, si on avait une copine comme Anastasia (le même prénom qu'une soeur de Cendrillon, elle en déjà assez bavé la pauvre fille), on n'aurait qu'un conseil à lui donner "Mais jette-le, ce mec est un psychopathe !" ou à la limite, si elle s'obstine dans sa liaison "Non mais t'as raison, faire du SM dans une chambre d'hôtel à 5000 euros la nuit, ça fait beaucoup moins mal"

Ce n'est pas une question de pudibonderie, ni de sexualité. Faites comme vous le sentez. Remarquez je trouve que ce livre peut faire beaucoup de mal au sado-masochisme, ce qui est tout de même un comble. Les pratiques sexuelles sont une construction complexe et ce qui excite dans l'idée n'excite pas forcément dans l'acte. Vous précipitez pas là-dedans comme si c'était le Saint-Graal de l'orgasme assuré. Ca risque seulement d'encombrer un peu plus les urgences de nuit et ils ont déjà assez de travail comme ça. Quitte à avoir mal par amour, autant aller donner son sang.

Ce qui m'agace c'est cette supercherie de l'amour, cette idée que le sexe est une condition sine qua non à une relation sublimée de l'amour. Il faudrait tenir un quota de baise pour savoir si on est toujours amoureux ? 

Chérie, re-apprenons-nous à nous aimer. Voilà les menottes.

Les menottes qui vont t'enfermer dans ce schéma tellement simpliste de beaucoup de sexe implique beaucoup d'amour. Moi, je trouve ça moche de réduire l'amour à une histoire de consommation, il vaut beaucoup mieux que cela.

Et en parlant de beaucoup mieux que cela, si vous voulez vraiment lire l'amour, entendre l'amour, voir l'amour, j'ai fait ma petite sélection sans prétention de grandes oeuvres romantiques. Mes choix sont loin d'être originaux,ils sont plutôt convenus mais pour une fois, ça me fait plaisir, cela signifie que je ne suis pas seule à partager cette vision de l'amour.

1. Un livre sur l'amour : Fragments d'un discours amoureux



Tout ce qui peut être écrit sur l'amour est déjà dedans.

2. Un film d'amour : In the mood for love



En renonçant à l'amour, ils le portent aux nues. 

3. Un album d'amour : Histoire de Melody Nelson


Le soleil est rare
Et le bonheur aussi
Mais tout bouge
Au bras de
Melody.



Le 25 février 1980, Roland Barthes est percuté par une camionnette d'une entreprise de blanchissage. Il meurt un mois après de la suite de ces blessures. 

jeudi 7 février 2013

Ne le prends pas pour toi



C'est l'histoire d'un postier qui a arrêté d'aller sur Internet parce que des lettres ne sont jamais arrivés, des colis ont été ouverts et du monde au guichet.
C'est l'histoire d'une maîtresse qui a arrêté d'aller sur Internet parce qu'il y a grève, réforme et programme d'éducation.
C'est l'histoire d'un flic qui a arrêté d'aller sur Internet parce que bavure, cambriolage et reconduite à la frontière.
C'est l'histoire d'une femme politique qui a arrêté d'aller sur Internet parce que les impôts, la guerre, la crise et des procès.
C'est l'histoire d'un chargé de clientèle de FAI qui a arrêté d'aller sur Internet parce que coupure internet, coupure internet et coupure internet.
C'est l'histoire d'un conducteur de saleuse qui arrêté d'aller sur Internet, mais seulement l'hiver.
C'est même l'histoire du temps qui a arrêté d'aller sur Internet parce que trop chaud, trop froid et il neige.

Connards, prétentieux, paresseux, inefficaces, trop payés, trop choyés, planqués, méprisants, et surtout endurants. Oui, surtout endurants de lire chaque jour le même message agressif sur leur façon de travailler parce qu'on n'a pas tous un Benjamin Malaussène qui sommeille en nous.


Selon une étude de l'université de Chicago, les prêtres seraient les personnes les plus heureuses dans leur travail. Il faudrait donc avoir foi en son métier pour l'apprécier.

lundi 4 février 2013

T'as bien appris la leçon ?



16H20. Sortie d'école. J'aborde une femme qui se tient près de moi.

- Hey ! Psst ! Pssst ! Vas-y, t'as quoi pour moi ?
- Oh ! Calme toi, on va se faire repérer. Viens avec moi, on va s'éloigner un peu.

On s'écarte du groupe pour se retrouver dans une ruelle à côté. Elle ouvre alors son cartable et en sort un dossier.

- Bon alors en ce moment, j'ai de la révision d'additions, quelques fiches de lecture et j'ai aussi un truc qui arrache, de la pure, une récitation de fables de la Fontaine !
- Me dis pas que c'est ...
- Si, si. Le Corbeau et le Renard. Je te le dis, c'est de l'extra. Sens comme c'est de la fraîche, une photocopie comme on en fait plus avec la date écrite en toutes lettres.
- Oh la vache ! le kiff !
- Si tu me le prends, je te rajoute des lignes d'écriture en bonus.
- Oh tu me prends pour qui ? Je suis pas non plus une junkie hein !
- Ok c'est bon calme-toi, je voulais te faire plaisir, c'est tout. Au fait, par simple curiosité, comment t'as su que j'étais dealeuse de devoirs à la maison ?
- Bah je sais pas. T'es maquillée et coiffée, t'as l'air détendue et tu t'es pas agrippée nerveusement à ton sac à main quand la cloche a sonné. Du coup ça paraissait louche.



Tout cela n'est pas très clair mais il semblerait que les devoirs à la maison, du moins écrits, soient interdits. J'ai bien lu quelques textes de référence mais j'ai eu peur d'être interrogée dessus le soir venu, j'ai donc abandonné. On va donc dire que depuis cette année, depuis que ma fille est au CP, je me procure illégalement des devoirs à la maison.

Avant que cette activité ne fasse réellement partie de sa vie, j'avais dans l'idée d'en faire une partie de plaisir. On apprendrait à compter avec des papillons en liberté, on écrirait sur les murs, on réciterait en karaoké. Dans la pratique, je l'envoie dans sa chambre pour qu'ensuite elle vienne me réciter sa leçon alors que j'épluche des oignons. Oubliés les papillons, les murs et les karaokés.

Parfois ce sont les parents qui s'imaginent vivre dans un conte de fées.

Les parents ne sont pas fonctionnaires de l'Education Nationale, ils n'ont pas à se substituer au corps enseignant m'apprend t-on. Il doivent leur apprendre autre chose, ce qu'ils ne trouveront pas forcément auprès de leur maître/maîtresse. Ils doivent leur ouvrir l'esprit, attiser leur curiosité et leur traduire le monde.
J'aurais bien aimé. Et ça aurait pu donner ça.

- Oh maman ! Qu'est-ce que c'est ?
- Oh ça c'est un busard cendré. On l'appelle ainsi parce que sa couleur grise est celle des cendres. Il s'agit d'un oiseau migrateur c'est à dire qu'il part en Afrique l'hiver et revient ici en septembre. Oh écoute ! Il chante ! Ca veut dire qu'il est en pleine parade nuptiale parce que d'habitude il est silencieux.

Au lieu de ça ...

- Oh maman ! Qu'est-ce que c'est ?
- Euh ... bah ... c'est un oiseau ... qui vole. Et qui fait des nids dans les arbres. Enfin je suppose. On vérifiera sur internet ce soir.

Ne sachant pas reconnaître la buse qui pourtant sommeille en moi, je décide de voler dans les plumes de la fatalité en révisant dès aujourd'hui la liste des rois de France et la trigonométrie.

Le bonnet d'âne était donné aux mauvais élèves parce que l'âne était considéré comme un animal intelligent. Le maître voulait signifier par là qu'ainsi coiffé, l'élève profiterait peut être des capacités de réflexion de l'animal.

mardi 29 janvier 2013

Les enfants honteux de la télé


Il y a donc ceux qui ont une télé et s'en portent bien, ceux qui n'ont pas de télé et s'en portent bien mais il y a aussi une minorité silencieuse qui, comme moi, navigue entre deux canaux, rongé par la culpabilité de ne pas réussir à se défaire de cette lucarne.

Oui, je fais partie de ces enfants honteux de la télé. Et je n'ai pas honte de le dire (de façon anonyme, derrière un blog).


Pourtant y'a Arte ou Moi je ne regarde que les programmes intelligents.
Sauf qu'en regardant Arte, les programmes ont tous l'air de vouloir dire "Mais qu'est-ce que tu fous là ? Tu ferais mieux de lire ce livre, écouter cette symphonie, voir ce film et assister à cette pièce de théâtre". Arte est en quelque sorte le purgatoire de la télé. Quand on s'adonne à une pratique honteuse, on aimerait au moins pouvoir le faire en paix, sans avoir à entendre un discours moralisateur du Grand Frère sur notre paresse à ne pas vouloir changer les choses. Et en plus, le discours est en allemand.

Il suffit de se limiter
J'ai parfois entendu ce genre d'arguments de la part de ceux qui étaient capables de fumer deux fois par an, un peu avant et un peu après le réveillon. Si je ne peux qu'admirer leur volonté, ça se discute et j'en viens parfois à me demander si ces gens n'ont pas un total manque de curiosité ou un côté masochiste. Et puis limiter la télé ça signifierait qu'on place certains programmes au-dessus des autres et là je m'interroge : Julien Lepers est-il essentiel à ma vie ? Au bout de combien d'épisodes de Les Experts risque t-on une overdose ?  Même en se limitant d'ailleurs, on n'arrivera pas à se défaire du grand fléau appelée La Pub, seul capable de faire apprendre à nos enfants, sans qu'ils s'en rendent compte, des poésies telles que "zéro tracas, zéro blablas".

Notez bien que les arguments pro-télé sont toujours nuancés et avancés par des personnes sirotant du Coca-Light. Et peut-on réellement faire confiance aux gens sirotant du Coca-Light ?

Tu verras, tu ne le regretteras pas
Il est trop tard pour de telles promesses parce que je le regrette déjà rien qu'en pensée. Et un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. On s'interroge souvent sur la génération connectée mais on oublie la génération cathodée, la mienne, qui fut élevée dans la croyance que toute évolution technologique était bonne à prendre. Nos parents auraient eu l'air d’arriérés privant leurs enfants de toute évolution s'ils n'avaient succombé aux charmes de la télé couleur, du magnétoscope, de l'ordinateur, des jeux vidéos et du lecteur DVD. Cet argument est donc sans valeur car il ne mesure pas la portée du sacrifice imposé. On ne demande qu'à en rire mais en réalité on est mort de trouille à l'idée de se séparer de cet écran qui a partagé toute notre enfance.

La télé, ça rend con
Honnêtement si la télé rendait vraiment con, un super méchant aurait déjà profité de l'astuce pour devenir maître du monde. Barack Obama est bien la preuve que la télé ne rend pas con. Elle peut, au pire, ne pas vous rendre plus intelligent mais uniquement à la condition que vous le soyez déjà. Imaginons que demain la terre entière soit privée de télé : s'il est possible que les salles de théâtre fassent à nouveau salle comble, il est tout aussi possible qu'on relance le sport de lancers de nains et les jeux du cirque. La télé ne rend donc pas con, mais y'a bien des cons qui la regardent à défaut de faire d'autres conneries. La question de fond serait donc : suis-je assez intelligente pour que la privation de télé me conduise à une vie plus saine et plus enrichissante ? Hum...

Notez bien que les arguments anti-télé sont toujours non nuancés et avancés par des personnes sirotant du lait de soja. Et peut-on réellement faire confiance aux gens sirotant du lait de soja ?

Par pitié, ne tentez pas de me convaincre de choisir entre l'un des camps, ce n'est pas A vous de juger. Par contre, je serais curieuse de savoir si d'autres ont le courage de cette lâcheté et d'admettre qu'ils merdent comme moi en toute connaissance de cause.

lundi 28 janvier 2013

En attendant, la crise pour tous

J'ai beau me poser en familière de l'absurde, je reste tout de même étonnée quand je remarque des contradictions flagrantes chez les autres.

Il est évident, au vu des nombreux sondages destinés à nous sonder, que nous sommes, nous français, actuellement préoccupés par des questions d'ordre économique. Nos priorités portent donc sur l'emploi, le pouvoir d'achat et cette fameuse crise qui m'a permis de redécouvrir le potentiel des magnets pour suspendre les bons de réduction et l'offre de miniature à venir chercher en magasin avant le 23 janvier (Ah merde ! C'est trop tard !).

Mais qu'est-ce donc qu'une priorité ? C'est quelque chose qu'on met devant, un peu comme mon verre de bière en ce moment. Sous-entendu qu'on met le reste derrière ou qu'on le fait attendre (voir Code de la route).

Dans ce cas, si votre priorité est bien l'emploi et la sortie de la crise, je me demande pourquoi certains parmi vous s'obstinent à ne pas vouloir du mariage pour tous.

Je m'explique.

Aujourd'hui Bernadette et Simone ne peuvent pas se marier ensemble, pas plus qu'Antonin et Gaspard.
A quoi cela nous mène t-il ?

A un gros tas de frustrations.
Frustration de la maman quand elle apprend l'homosexualité de son enfant "Mais ça veut dire que je ne t’amènerais jamais devant Mr le maire ?"
Mais surtout frustration des premiers concernés qui aimeraient bien justement que maman les amène devant Mr le Maire.

La frustration a ceci d'intéressant que lorsqu'elle est supprimée, la réaction se fait dans l'excès. Si vous ne comprenez pas, lâchez vos enfants dans un magasin de bonbons, vous comprendrez.

Et effectivement Bernadette et Simone, ainsi qu'Antonin et Gaspard attendent de pouvoir être lâchés dans ce fameux magasin de bonbons, et croyez-moi, ce n'est pas pour y tremper leurs lèvres dans du mousseux présenté dans des coupettes en plastique à la salle des fêtes municipale.


Et ça, Karl l'a bien compris.

Moi aussi (on ne peut pas être que deux tout de même).

Karl et moi on a bien compris que le mariage pour tous, c'était surtout des faire-parts pour tous, des fleurs pour tous, des alliances pour tous, des habits de mariés et des habits de mariées pour tous, des salles pour tous, des buffets pour tous, du champagne pour tous, des gros gâteaux pour tous, des Djs pour tous, des listes de mariage pour tous, des lunes de miel pour tous et des voyages de noces pour tous.

Sans compter que le mariage pour tous finira pour beaucoup en divorce pour tous, c'est à dire des avocats pour tous et des notaires pour tous. 

Et ça tout le monde en profitera, qu'il soit pour ou contre le mariage pour tous.

Je sais bien que certains redoutent l'adoption pour tous mais on ne sauvera pas la France avec le budget croquettes de chihuahua des couples homosexuels. Par contre, les bodys pour tous, les couches pour tous, les pédiatres pour tous, les poussettes pour tous, les nounous pour tous, les petits pots pour tous, les activités extra-scolaires pour tous et les biberons pour tous (oui parce que l'allaitement pour tous, je vois bien où sont les limites), bref le budget pharaonique des gosses pour tous, alors là oui y'a peut être le début d'une éclaircie qui se profile.

Du coup je repose la question : c'est quoi votre priorité à tous ?